Le gouvernement refuse d’admettre le retour à l’austérité, mais tout indique que les Camerounais doivent s’attendre à de nouveaux sacrifices. Voici pourquoi et comment.

En langage pudique, les autorités parlent de « redressement économique ». Pas question d’évoquer l’« austérité », terme barbare qui nous rapproche de « l’ajustement structurel », pilule plus qu’amère bien connue des Camerounais pendant plus de 10 ans et dont ils ont encore du mal à revenir. Tout juste, consent-on à évoquer les résolutions issues du sommet extraordinaire des chefs d’Etat d’Afrique centrale, tenu le 23 décembre 2016 à Yaoundé.
Le plan anticrise économique du gouvernement, apprend-on, s’appuie sur une période transitoire de trois ans (2017-2019), pendant laquelle l’accent sera mis sur l’achèvement des projets structurants de première génération en cours d’exécution, l’accélération de la mise en œuvre des réformes structurelles dans les secteurs clés de notre économie. Il est aussi question de l’identification et de la maturation des projets de deuxième génération, ainsi que l’accompagnement plus accru du secteur privé à travers l’octroi des appuis directs et la promotion des champions nationaux dans les secteurs où le pays dispose des avantages comparatifs. Ça, c’est pour la gloriole.
En réalité, quelle que soit la terminologie employée pour désigner la chose, les citoyens auront bien du mal à échapper aux fruits amers de la disette économique. D’abord parce que, en dépit d’un environnement international difficile, marqué notamment par la chute drastique des prix du pétrole sur le marché international, les gouvernants, comme vers la fin des années 80, se sont refusés à alerter du moindre malaise sur le front de l’économie. Ensuite, on voit mal comment le fameux plan anticrise échappera à des coupes claires, voire sombres. De quoi s’inquiéter, quant à la poursuite des grands projets censés amener le Cameroun à l’émergence à l’horizon 20135.
En premier lieu, le gouvernement, dans un pays par ailleurs engagé dans une guerre aux lendemains inconnus et imprévisibles contre Boko Haram, va devoir réduire la masse salariale dans la fonction publique. Elle est aujourd’hui de l’ordre de 998,5 milliards de francs, en hausse de plus de 43,3 milliards de francs en un an soit 48,5% du budget total de dépenses courantes. Comment donc réduire ce boulet sans envisager une réduction des revenus des agents de l’Etat ? Sans doute en suspendant les recrutements. Ou en envoyant systématiquement au quartier les employés atteints par l’âge de la retraite, ainsi que le Premier ministre l’a énoncé voici quelques mois. Et il n’est pas impossible, selon des sources introduites, que le gouvernement mette en place un système bien huilé, par des mesures arithmétiques assez efficaces.
L’autre écueil incontournable pour les finances publiques concerne les dépenses de fonctionnement, soit 2 059 milliards de francs en 2017 et un peu plus de 47% de l’enveloppe budgétaire totale de l’Etat, en hausse de 78,2 milliards de francs par rapport à 2016. Sur ce chapitre, et vu la propension gabégique chronique qui caractérise le gouvernement, on peut déjà prévoir de profondes frictions avec les institutions financières internationales. Tout comme les pouvoirs publics, habitués à se payer sur la bête et à l’œil, pourront difficilement contracter le volume des primes et gratifications qui, pour cette année, s’élève à 42 milliards de francs. Il en est de même des frais de bouche et de mission, véritable rente de situation pour les huiles du pouvoir et qui ont été provisionnés à hauteur de 60 milliards de francs.
Et que dire de la politique des subventions aux sociétés publiques et parapubliques, autre tonneau des Danaïdes pour plusieurs éléphants blancs ? En 2017, ce sont 120 milliards de francs qui seront consacrés à ces canards boiteux dont la plupart, insolvables et quasiment inutiles, poursuivent parfois les mêmes missions pour un résultat à somme nulle.
Il en est de même du volet endettement public, qui fait dresser les cheveux des institutions financières de Bretton Woods ? Le 4 avril dernier, le chef de la mission du Fmi au Cameroun, Mario de Zamaroczy, délaissant volontairement la langue de bois souvent consacrée, s’est publiquement ému de son gonflement. Il a affirmé que le pays, qui « ploie sous le coup de 2000 milliards de Fcfa de dette non engagée,  s’endetterait à des conditions très onéreuses ». Particulièrement vis-à-vis de la Chine qui pratique des taux d’intérêts de 10%.
Selon les conclusions d’un rapport du Fmi datant de 2015, et sans prise en compte de l’émission de l’eurobond de 2016 d’un montant de 750 millions de dollars Us, la dette publique du Cameroun est viable, avec un risque de surendettement passant d’un niveau « modéré » à « élevé », partant d’un niveau « faible » constaté en 2013. La Caisse autonome d’amortissement (Caa), pour sa part, a observé, dans son dernier rapport et s’agissant de la composition en devises du portefeuille de la dette du pays, une nette augmentation en 5 ans des prêts libellés en devises autres que l’euro. A fin 2015, le portefeuille de la dette extérieure du Cameroun était ainsi constitué principalement de l’euro (36,7%), du dollar américain (28,3%), des Droits de tirage spéciaux (Dts, 16,6%) et du yuan renminbi (8,4%), contre une composition de l’euro (45,9%), des Dts (24,0%), du dollar Us (8,7%), des Unités de compte (Uc) de la Banque africaine de développement (Bad, 8,11%) et du yuan chinois (5,1%) à fin 2010.
Au 31 décembre de la même année, précise le rapport de la Caa, la dette publique du Cameroun était estimée à 4.626 milliards Fcfa, soit 27,5% du produit intérieur brut (Pib) soit, en prenant en compte la dette avalisée par l’État estimée à 216 milliards Fcfa, une dette publique et à garantie publique s’établissant à 4.842 milliards Fcfa représentant 28,8% du Pib, compatible aux critères de convergence Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) fixé à 70% du Pib. En termes de répartition, ladite enveloppe est composée de 3.492 milliards Fcfa (72,1%) de dette extérieure, de 1.134 milliards Fcfa (23,4%) de dette intérieure dont 138 milliards Fcfa d’avances statutaires, et de 4,5% de dette avalisée correspondant à 216 milliards Fcfa. Avec 4,8% de croissance en 2016, le Fmi a récemment appelé à la vigilance sur la soutenabilité de la dette publique du Cameroun.

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