A l’origine, un problème de marché public mal passé

En présence de l’ambassadeur de France au Cameroun et du gouverneur de la Région du Centre, le Ministre de la Santé Publique, Manaouda Malachie, a effectué le 17 avril 2019 une journée de sensibilisation dans les communautés plus précisément au quartier Tsinga-Briqueterie. Après la démonstration aux populations sur l’installation de la moustiquaire imprégnée, le Minsante et sa suite ont visité deux ménages dans lesquels ils ont procédé à l’installation des moustiquaires. Sans dire aux populations la campagne nationale de distribution de masse des MILDA 2019 qui doit permettra de distribuer gratuitement en couverture universelle 14 867 748 MILDA dans tous les ménages et d’assurer leur utilisation par toute la population est compromise. Pis, le lancement de la première phase de cette campagne accuse déjà presqu’un mois de retard. Cette phase concernant 13 districts de santé, repartis dans les régions de l’Est, de l’Ouest, du Sud et du Littoral, était initialement prévue du 27 au 31 mars 2019. C’est du moins, ce qu’avait annoncé le ministre de la Santé publique au cours d’un point de presse tenu le 13 février 2019. Officiellement, ce retard est dû aux « insuffisances » observées dans la procédure de passation du marché relatif au transport desdites Milda, selon les responsables du PNLP. Outre les nombreuses conséquences au double plan sanitaire et financiers occasionnées par cette situation, cette affaire embarrasse le gouvernement acculé par le Fonds mondial, le principal bailleur de fonds du PNLP.

Cinq groupements d’entreprises étaient en lice pour ce juteux marché du transport des moustiquaires dont le cout prévisionnel de transport par pièce de la région vers l’aire de santé est évalué à 70Fcfa et 30 Fcfa de l’aire de santé au site de distribution. A ce niveau, le budget prévisionnel de ce marché s’élève à plus de 400 millions de Fcfa. L’appel d’offre court depuis le 24 septembre 2018. Notamment, le Groupement Société des Ets Ndongo Essomba Sarl / Société Top Phyto Sarl, le Groupement Touristique Colis et Courriers Express SA « TCCE » / AS consulting et enfin, la Société des Amis Sarl. Pour le Fonds mondial, la procédure de passation dudit marché a été entachée de « bidouillage ». Selon une source interne au programme, la sous-commission de passation des marchés réunie le 16 novembre 2018, est soupçonnée d’avoir « injustement » écarté certains soumissionnaires, au profit du groupement chapoté par les Etablissements Ndongo Essomba Sarl, une entreprise appartenant au milliardaire éponyme, par ailleurs président du groupe parlementaire du RDPC à l’Assemblée nationale du Cameroun.

Une version confirmée par d’autres sources internes à la représentation du Fonds mondial au Cameroun qui soutiennent que le Groupement Touristique Colis et Courriers Express SA « TCCE » / AS consulting et le soumissionnaire Société des Amis SARL, « ont été éliminés pour des raisons insuffisamment fondées ». Précisons que cette sous-commission reproche au groupement Touristique & AS Consulting d’avoir présenté un agrément de transport des produits dangereux à la place d’un agrément de transport des marchandises divers et la non présentation d’une attestation de non faillite. Pour le cas de la Société des Amis SARL, c’est le document de cautionnement signé un jour férié qui pose problème. Toujours est-il qu’après trois sessions d’évaluation des offres, aucun soumissionnaire n’a été retenu et l’appel d’offre a finalement été déclaré infructueux.

De sources proches du dossier, cette décision est la face visible des batailles souterraines autour de ce marché. Car, en plus des soumissionnaires qui la contestent, cette résolution de la sous-commission des marchés est désormais au centre d’une controverse au sein du Minsanté et du PNLP. Dans ces deux administrations, des soutiens (haut placés) et favorables au groupement Ets Ndongo Essomba, s’opposent aux responsables acquis à la cause du groupement Touristiques. L’affaire a d’ailleurs emporté le chef de la section de passation des marchés (SPM) au Pnlp. M. Soete a été relevé de ses fonctions de chef section des marchés auprès du PNLP. Et d’autres cadres pourraient également perdre leurs postes dans cette affaire, à en croire un haut cadre du Programme.

Pour sortir de l’impasse, le PNLP a formulé une demande de non-objection au Fonds Mondial le 12 mars 2019, afin de passer un marché gré à gré avec les trois soumissionnaires jugé techniquement éligibles malgré les insuffisances dans les documents présentés. Mais, « dans sa réponse du 17 mars 2019 le Fonds Mondial n’a pas accordé l’autorisation sollicitée », confie un cadre du PNLP.Pour rattraper le retard et sortir de cet imbroglio, le Fonds Mondial propose une solution radicale : mettre tous les soumissionnaires camerounais à l’écart et confier le marché du transport des Milda à une organisation internationale, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) en l’occurrence, avec qui le fonds est déjà un contrat. « Le Fonds Mondial nous recommande cette structure pour raccourcir le temps nécessaire pour la sélection des transporteurs à travers un AON afin de permettre la distribution des Milda dans les délais », explique une note du Secrétaire permanent adressée au Ministre de la Santé publique. Mais, si cette option permettra assurément de gagner en temps en lançant les opérations de distribution des Milda dès le mois de mai 2019, cette intervention n’est pas sans conséquences pour le Cameroun.

L’on n’est donc pas sorti de l’auberge. Entre autres inconvénients avec cette approche du PAM, on peut évoquer la perte des financements par les opérateurs nationaux avec un impact sur l’économie nationale. Surtout que l’enjeu financier qui se joue ici est particulièrement élevé. Aussi, le processus va connaître une 4è voire, une 5è phase de distribution. La région de l’Extrême-Nord par exemple, aura une distribution en deux phases. Ce qui n’est pas sans conséquences autant sur les plans financiers que de la santé publique. Dans ce sens, l’augmentation des cas des décès liés au paludisme n’est pas à exclure pour l’année 2019. Quid de la faible couverture en Milda lors de la distribution à cause de la perte des vouchers qui sont distribuées à la population depuis février 2019.En effet, les normes pour faire une distribution parlent 1 – 2 mois après le dénombrement…

Toujours est-il que sur le terrain, le paludisme continue à faire des victimes. Selon les dernières statistiques, il est responsable de 40-45% de consultations médicales (première cause de consultation), 30% des hospitalisations dans les formations sanitaires ; de 35-40% de décès et 50% de morbidité chez les enfants de moins de 5 ans. Sur le plan financier, l’on note une augmentation accrue des couts d’entreposage des Milda dans les 04 régions à cause de la durée nécessaire pour adresser les recours, clôturer la procédure et lancer un nouvel appel d’offres ; une diminution du taux d’absorption du financement ayant pour conséquence une diminution de la prochaine.

 Pourtant le Minsante rappelait que la 3ème campagne nationale de distribution gratuite de masse des MILDA seraitun tournant décisif dans la lutte contre le Paludisme au Cameroun. « Partager la responsabilité de sauver des vies humaines en nous joignant à cette opération d’envergure est le défi auquel je vous associe’. L’implication active de tous est attendue à différentes échelles selon les responsabilités disait-t-il. En effet, le Paludisme reste un problème de Santé Publique au Cameroun. En 2017, il a été la cause de 24,3 % de consultations dans les formations sanitaires ; 31,8 % de consultations chez les enfants de moins de 5 ans ; 45 % des hospitalisations ; et 12,8% des décès enregistrés dans les formations sanitaires.

En réponse à ce fléau, le Cameroun a adhéré à l’initiative « Roll Back Malaria » de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1998 avec la création du Programme National de lutte contre le paludisme. Les missions régaliennes dudit Programme sont : assurer une couverture universelle de la population en interventions à haut impact telles que la distribution gratuite de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (MILDA) ; la chimio prévention chez toutes les femmes enceintes dès le 4ème mois de la grossesse et chez les enfants de moins de cinq ans dans les régions de l’Extrême-Nord et du Nord de juillet à octobre ; la disponibilité des traitements du paludisme tant dans les formations sanitaires qu’en communauté.En rappel, le Cameroun organise cette année 2019, une troisième campagne nationale de distribution de masse gratuite des Moustiquaires Imprégnées à Longue Durée d’Action (MILDA) à toute la population et le slogan de cette campagne qui est « MILDA pour toute la famille, toutes les nuits », engage toute la population à l’utilisation correcte et systématique des MILDA dès la distribution.

Rappelons que le 25 avril prochain, le Cameroun va se joindre à la communauté internationale pour célébrer la journée Mondiale du Paludisme sous le Thème : Zéro palu ! Je m’engage.

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