Après quelques années d’exécution, cet important projet structurant n’est toujours pas livré par la société chinoise China national electric engineering corporation (Cneec). Que se passe-t-il exactement ?

C’est en 2008 que l’initiative de Mekin sort des tiroirs du ministère de l’Eau et de l’Energie (Minee). Au départ, le projet est suivi entièrement au niveau du ministère. C’est bien après que la gestion technique est confiée à Electricity development corporation (Edc) jusqu’au 18 octobre 2010, date de création de Mekin hydroelectric development corporation (Hydro Mekin). La première mission qui est confiée à la nouvelle entreprise par le chef de l’Etat est la gestion du projet Mekin. Le Pr Frédéric Biya Motto est alors nommé directeur général d’Hydro Mekin en 2011. Son souci primordial est de fédérer toutes les entités qui étaient en charge de ce projet tant au niveau du ministère qu’à Edc, dans le strict respect des dispositions du contrat qui avait déjà été signé entre le Minee et l’entreprise chinoise, China national electric engineering corporation.
Il faut dire que ce projet qui débute en 2008, entre en droite ligne avec les grands projets structurants, dans le but de résorber le déficit énergétique du Cameroun, tout en garantissant d’une part la stabilité de fonctionnement de la partie australe du réseau interconnecté Sud (Ris), et assurer d’autre part le fonctionnement en réseau séparé, notamment l’alimentation des arrondissements de Bengbis, Meyomessi, Djoum, Mintom, Oveng et environs (Endom, Somalomo, Mvangan entre autres). En effet, en dehors du barrage construit en terre à enrochement, avec une usine de pied d’une puissance installée de 15Mw, ce projet dispose également d’une centrale avec une ligne d’évacuation d’énergie de 110Kv, allant de Mekin pour Ndjom – Yekombo station interconnecté Sud (Ris), longue de 33,1Km. Le même projet comporte par ailleurs des postes élévateur/abaisseur, ainsi qu’une cité du maître d’ouvrage et une voie d’accès. Des composantes qui permettent aujourd’hui de le classer au rang de mini-centrale hydro électrique.

Quand un test fait problème
En vue d’atteindre des résultats recherchés par l’entreprise chinoise chargée de la construction de cet ouvrage, elle fermait les vannes au mois de novembre dernier. Selon les spécialistes en la matière, l’augmentation de la quantité d’eau dans le réservoir était importante. On est passé ainsi de 610,9m à 612,9, soit une augmentation de 2m. Ces spécialistes pensent que ce niveau atteint était suffisant pour tenter le trop plein du réservoir et matérialiser le niveau d’exploitation normal du réservoir. Cette opération bien que salutaire, n’est pas restée sans conséquences sur les populations. Dans le département du Dja et Lobo par exemple, de nombreux bas fonds routiers ainsi que quelques routes secondaires auraient été immergés sur plusieurs kilomètres. Le village Nyabizou a vu toutes ces voies routières coupées. Des désagréments qui ont été pris en compte par Hydro-Mekin. Des actions prioritaires ont été entreprises sur proposition du Bureau d’études Cima international pour soulager les populations victimes de la montée des eaux suite à la fermeture des vannes du barrage de Mekin.

Essais non concluants
Après des essais de mise sous tension de la ligne 110Kv, le directeur général d’Hydro Mekin, le Pr Frédéric Biya Motto, adressait une correspondance au directeur général d’Enéo Cameroun où il écrivait : « Dans le cadre de la mise en service de la centrale de Mekin à travers la ligne Ht de 110Kv et le poste abaisseur de Ndjom au Réseau interconnecté Sud, vos équipes ont travaillé en collaboration avec nos techniciens et les responsables de l’entreprise chinoise pendant deux mois. Ce groupe de travail ayant fait face à de nombreux essais non concluants d’injection de l’énergie, a constaté un défaut provenant des insolateurs. Pour remédier à cette situation et poursuivre les travaux, je vous saurai gré de bien vouloir nous transmettre votre avis technique sur ce sujet, tout en sollicitant votre collaboration dans la validation préalable des insolateurs qui seront montés par l’entrepreneur Cneec en remplacement des modèles défectueux ».
Selon le directeur général d’Enéo Cameroun, 50 agents parmi lesquels les experts, ingénieurs et techniciens s’activent pour réaliser ces travaux de raccordement depuis le mois d’octobre 2016. Il faut dire qu’à ce jour, les insolateurs défectueux ont été remplacés. En clair, les insuffisances relevées lors de la mise en service de cette ligne Ht de 110Kv ont amené les différents responsables à prendre le taureau par les cornes. C’est ainsi que l’on a remplacé des équipements sous dimensionné pour permettre l’exploitation optimale de toute la puissance disponible à la centrale de Mekin …

La transparence dans les finances
La construction du barrage hydroélectrique de Mekin bénéficie du soutien financier de l’Etat du Cameroun à travers le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), et l’appui de la banque chinoise dénommée Eximbank. Ces partenaires assurent la contrepartie financière après les contrats signés entre la partie camerounaise représentée par la société Hydro-Mekin et quelques entreprises. C’est le cas du marché de près de 25 milliards de Fcfa signé entre l’Etat du Cameroun et la China national electric engineering corporation (Cneec) le 25 octobre 2010. La société Aurecon – Cima international, le Bureau d’études retenu pour la surveillance et le contrôle des travaux a quant à lui gagné un marché depuis avril 2012 et dont le montant s’élève à plus de 03 milliards de Fcfa. Ces deux sociétés sont régulièrement payées depuis le lancement de ce projet.
A ce jour, dans l’état des décomptes, les informations puisées à bonne source font état de ce que l’entreprise chinoise a déjà perçu près de 90% du montant total de son marché. Ce pourcentage est reparti ainsi qu’il suit : 15% représentant la contrepartie camerounaise disponible au niveau du Minepat ; 5% représentant l’avance perçue par la Cneec pour le démarrage effectif des travaux, montant payé par Eximbank ; 10% destinés à la mobilisation sur le site du projet ont déjà été versés dans les comptes du Cneec depuis fin septembre 2011. Quant à la soumission et l’approbation de l’avant projet détaillé, 20% ont été payés sur autorisation du Minepat en février 2014 pour la construction de la ligne électrique.
Pour ce qui est du bureau d’études Aurecon – Cima international, cette entreprise a déjà perçu 20% pour avance de démarrage de ses prestations pour un montant de 614.542.950 Fcfa. Le premier décompte couvrant la période de juin 2012 à juin 2013 d’un montant de 351.362.330 Fcfa a été payé. Au mois d’avril 2014, le 2ème décompte d’un montant de 386.416.391 Fcfa allant de juillet 2013 à mars 2014 a été payé. Le 3ème décompte payé s’élevait à 483.301.070 Fcfa … Au vu de ce qui précède, l’on peut dire sans risque de se tromper que la gestion est transparente.

Hydro Mekin
La société Mekin Hydroelectric Development Corporation (Hydro-Mekin) a été créée par le décret n°2010 du 18 octobre 2010 du président de la République. Elle est placée sous l’autorité du ministère de l’Eau et de l’Energie. Avec comme tutelle financière, le ministère des Finances. Cette société a un capital de 7,5 milliards de Fcfa. Un véritable instrument indispensable dans la lutte contre le déficit énergétique au Cameroun. Il faut dire que les missions de la société Hydro Mekin s’inscrivent en droit ligne de la politique gouvernementale pour concevoir, financer, construire et exploiter la centrale hydro électrique de Mekin et d’autres aménagements sur le bassin du Dja ainsi que la mise en place des équipements et infrastructures associés liés à leur exploitation.
Il sera question de la production, éventuellement le transport, la distribution, la vente, l’exploitation, l’importation de l’énergie électrique. Il s’agira aussi d’exercer toutes activités ou opérations industrielles, commerciales, financières, mobilières ou immobilières dans notre pays. Même si certains s’accordent à dire que sa mise en place n’a pas été aisée. Une chose est certes vraie, la société Hydro Mekin est entrain d’inscrire son nom dans la liste des sociétés citoyennes du pays. Sa mise en eau reste donc très attendue des Camerounais en général, mais plus particulièrement des populations du réseau interconnecté Sud.

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