Son premier président a mis en garde contre des pratiques exposant le pays à la révolte populaire, au moment où la ministre est citée dans plusieurs affaires mafieuses.

Ses oreilles ont dû siffler, mercredi dernier lors de la rentrée solennelle de la Cour suprême. Présente dans la salle, la ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), Jacqueline Koung à Bisséké, a été violemment prise à partie dans un pan du discours du président de la Cour, Daniel Mekobe Sone, qui a déclaré que «les problèmes fonciers sont les plus récurrents au Cameroun. Ainsi, un même terrain fait l’objet de plusieurs titres fonciers délivrés par les mêmes services : retrait d’un titre foncier, 50 ans après son établissement ; des individus qui se font délivrer un titre foncier sur des hectares de terrain où sont installées des populations depuis des décennies. Les problèmes fonciers sont en grande partie à l’origine des conflits violents troublant l’ordre public».
Et pour que Daniel Mekobe Sone en parle en des termes aussi fermes, on peut affirmer sans risque de se tromper que l’heure est suffisamment grave. En effet, déjà qualifiée d’incompétence notoire par des spécialistes du secteur, la Mincaf est aussi celle-là dont plusieurs actes, teintés de mafia, sont régulièrement contestés devant les tribunaux de la République et «à l’origine des conflits violents troublant l’ordre public».
A la tête de ce département depuis le 11 novembre 2011, Mme Koung à Béssiké a fait plus que tous ses prédécesseurs réunis en termes d’annulations illégales de titres fonciers, de déni de droit et de procès pour accaparement de terres. Ce n’est sans doute pas pour rien qu’elle est aujourd’hui l’objet d’une procédure devant le Tribunal criminel spécial (Tcs). Son nom est régulièrement cité à Bépanda, à Dibamba, à Olembé ou encore à Kribi. Pour mener à bien ses raids fonciers, la grande dame, qui rappelle à qui veut l’entendre qu’elle a l’oreille au plus haut niveau de l’Etat, s’est entourée d’une racaille de collaborateurs et autres démarcheurs.
Selon des sources introduites, le coup de sang du président de la Cour suprême, l’affaire de trop, concerne l’annulation, 14 octobre 2016 par ses soins, avec comme bras séculier le délégué régional du Mindcaf pour le Sud, Cyrille Bekate, du titre foncier n°361/Océan, qui englobe, au lieu dit Ebomé, pas moins de 48 parcelles. Ce précieux document a été délivré à Martin Ntonga Ntonga en 1967, et n’est donc plus attaquable, selon les dispositions légales. Mais cela n’a pas empêché Jacqueline Koung à Bisséké de prétendre que «le terrain objet dudit titre foncier réintègre le domaine national et le domaine public dans sa partie portant sur le domaine public maritime».
Mais son petit jeu sera mis à nu lorsque, dès le lendemain de cette «annulation» qu’elle s’est par ailleurs gardée de publier, foulant ainsi au pied la règlementation en la matière, la même engage, dans une diligence incomparable, une procédure de ré-immatriculation du même terrain. Aucun crime ne devant rester impuni, la Mindcaf sera prise la main dans le sac lorsque certains petits curieux découvriront la liste des nouveaux demandeurs. Cette fois, ce n’est plus la communauté Mabi, à l’origine de la demande d’annulation du titre foncier, qui est intéressée. Ce ne sont pas, non plus, les acquéreurs à déguerpir qu’elle intègre dans la procédure de refondation.
Dans la liste en effet, on retrouve son éternel homme de main, bien connu des services compétents du Mindcaf, Justin Baliaba. Nous vous faisons grâce des prête-noms qu’elle a aussi aligné.
Ce drôle d’oiseau se trouve être l’épouse du sous-préfet de Kribi 1er, Jean François Manga, celui-là même qui avait présidé la commission ad hoc, mise sur pied le 10 mars 2015 par Mme Koung à Bisséké et qui plus tard a conclu à la nullité d’ordre public du titre foncier n°361/Océan. On n’a pas parlé de délit d’initié, mais chacun se fera sa religion sur cette coïncidence confondante.
Depuis le début de cette affaire, apprend-on encore, le lot le plus convoité par la mafia est celui acquis en 1969 par Pierre Tantchou. D’une superficie de 2167 mètres carrés, ce terrain, acquis en 1969, a ensuite été légué à son fils Pierre Tantchou Orly Mathias. Jeune Camerounais résidant aux Etats-Unis, il a entendu l’appel du chef de l’Etat à ses compatriotes de la diaspora. Ayant ainsi décidé de construire un complexe hôtelier de classe internationale, il a retrouvé en travers de sa route Mme Koung à Bisséké et sa troupe. Et depuis fin 2012, cet investisseurs a subi toutes les misères, jusqu’aux plus loufoques et inimaginables, pour jouir de sa parcelle. Il a, heureusement et avec lui, des âmes de bonne volonté pour tenter de barrer la route à la mafia foncière du Mindcaf.

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