L’ancien président du Fmi et ministre espagnol de l’Economie de José Maria Aznar écope de quatre ans et demi de prison pour s’être grassement servi, lui et d’autres dirigeants, dans les caisses de Bankia, un établissement sauvé de la faillite grâce à des fonds publics.

“C’est toute une ère de corruption qui vient d’être condamnée ». Le titre d’un éditorial du Diario.es, un journal en ligne irrévérent, résume bien la portée du verdict contre Rodrigo Rato, ancien directeur du Fonds monétaire international (Fmi) et longtemps le gourou économique des conservateurs espagnols, ainsi que divers cadres de banque. Après de longs mois d’attente et de suspense, celui qui fut dans les années 2000 le patron de la plus grande caisse d’épargne d’Espagne a été condamné à quatre ans et demi de prison ferme pour l’affaire des « cartes black ».
Introduites tout d’abord comme un « complément salarial », ces cartes de crédit soi-disant de nature « professionnelle » ont été utilisées par Rodrigo Rato et 65 dirigeants comme un moyen d’honorer toutes sortes d’achats privés, allant du safari en Afrique à des hôtels de luxe. D’après les magistrats, entre 2003 et 2012, quelque 12,5 millions d’euros ont été dépensés « de manière frauduleuse » par les dirigeants de Bankia, alors la principale caisse d’épargne du pays. Le successeur de Rato, Miguel Blesa, a écopé lui de six ans de prison ferme.

Déraison, argent facile et cupidité
L’affaire est d’autant plus scandaleuse que ces abus se sont produits alors que l’Espagne connaissait la pire crise économique de son histoire récente. Alors que le taux de chômage atteignait jusqu’à 26% de la population active, Bankia – dirigé par Rato, puis par Blesa – avait alors échappé de justesse de la faillite grâce à l’injection de 23 milliards d’euros de l’Etat, le plus grand repêchage survenu en Espagne en faveur d’une entité financière. C’est pendant cette période que non seulement la direction a « blindé » ses émoluments, mais a profité aussi des « tarjetas black », ces cartes permettant de siphonner à loisir les fonds de l’entité financière. Tout un symbole d’une époque de déraison, d’argent facile et de cupidité : depuis le milieu des années 90, les banques espagnoles, et tout particulièrement les caisses d’épargne comme Bankia, ont alimenté et grandement contribué à la bulle immobilière, et au krach qui s’en est suivi. En janvier, le tribunal des comptes, à Madrid, a chiffré à 60,7 milliards d’euros l’aide financière à ces institutions financières à la dérive, en grande partie versée par l’Union européenne.

« Délinquant en col blanc compulsif »
Quant à Rodrigo Rato, ce verdict marque la triste fin de celui qui, dans les années 90, incarnait le néolibéralisme conquérant et probe. Ministre des Finances de José Maria Aznar, directeur du Fmi entre 2004 et 2007, il est définitivement tombé en disgrâce. Le parquet l’a décrit ces jours-ci comme « un délinquant en col blanc compulsif ». D’autant que les ennuis de Rodrigo Rato ne s’arrêtent pas là : d’ici peu il doit être jugé pour un détournement de 6,8 millions d’euros vers des paradis fiscaux. De l’argent qui, selon l’accusation, proviendrait des bénéfices que son entreprise familiale, « Cor Comunicación », avait engrangés grâce à des contrats publics concédés par le gouvernement dont il était lui-même un des hommes forts. L’actuel Parti populaire a pris bonne note : ses dirigeants ont reçu la consigne de ne plus avoir de contact avec Rodrigo Rato, héros d’hier, pestiféré aujourd’hui.

Faites ce que je dis…
Voici donc l’un des chantres de l’orthodoxie financière mondiale tombé de son piédestal. Voici l’un des gourous de la bonne gouvernance planétaire pris les doigts dans le pot de confiture. Au plus fort des années de grande austérité prônée par les institutions financières de Bretton Woods, avec sa cohorte de mesures drastiques et sans concession, Rodrigo Rato, qui avait pris ses fonctions le 7 juin 2004, a fait le tour des canards boiteux pour délivrer ses prescriptions de rigueur et de chirurgie économique à vif.
En visite au Cameroun en début janvier 2011, Rodrigo Rato a, avec force recommandations comminatoires, entonné l’hymne de la bonne gestion des affaires publiques. A l’occasion, il tînt deux tables-rondes consacrées aux défis post-point d’achèvement de l’initiative pays pauvres très endettés (Ppte) et de l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale, et une autre sur les questions financières régionales. Pour lui, conviction que les dépenses de santé et d’éducation devraient être prioritaires dans le présent et le futur du Cameroun.
Rodrigo Rato, le néolibéral et donneur de leçons d’hier, a été coincé pour avoir abusé de fonds d’une banque en quasi-faillite. Preuve que le bon pasteur n’est pas toujours celui qui connaît le chemin vers le paradis.

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