La campagne MeToo touche l’industrie cinématographique au Pakistan. Alors qu’elle n’avait suscité que quelques émules en octobre dernier à la suite des révélations sur l’affaire Weinstein, voilà que le débat est relancé depuis qu’une actrice pakistanaise très connue dans son pays accuse une icône nationale de la pop de harcèlement sexuel.

Le scandale semble prendre une tournure nationale. Meesha Shafi a pris la parole il y a deux jours seulement et depuis, tous les médias pakistanais se font l’écho de cette affaire. Les mots employés par l’actrice sont explicites. Elle dit avoir été victime, à plusieurs reprises, de harcèlement sexuel de la part d’Ali Zafar. Ce qu’il a nié en retour sur Twitter.

L’actrice a travaillé plusieurs fois avec le chanteur et tous deux sont des artistes très présents dans le paysage médiatique pakistanais. Si l’affaire est si retentissante, c’est précisément parce que deux stars nationales s’affrontent. De quoi mettre mal à l’aise Lollywood, l’industrie du cinéma pakistanais, longtemps concentrée dans la ville de Lahore.

Mais cette dimension « people » de l’affaire fait presque de l’ombre à l’intention initiale de l’actrice qui était, d’après ses propres mots, de « libérer la parole des jeunes femmes de son pays ».

Prises de parole

Depuis, d’autres victimes présumées ont ajouté leur témoignage à celui de l’actrice. Au moins trois autres femmes accusent cette star de la musique de les avoir harcelées physiquement.

Il y a notamment cette fan qui raconte sur sa page Facebook avoir été victime d’attouchements par Ali Zafar alors qu’elle lui demandait un selfie à la fin d’un concert. Son témoignage est très fort, parce qu’il est cru, ce qui tranche avec la loi du silence qui pèse généralement dans les affaires de harcèlement sexuel au Pakistan.

Au Pakistan, les rares moments où on entend parler de sexualité, c’est quand ont lieu des faits divers sordides impliquant des viols d’enfants ou des meurtres. Si bien que la première campagne MeToo a eu lieu en janvier dernier, juste après le viol et l’assassinat d’une petite fille à l’est du pays.

Après sa mort, des femmes célèbres ont pris la parole pour dénoncer les agressions sexuelles dont elles avaient souffert. Plusieurs d’entre elles ont accusé leur professeur de religion de les avoir violées quand elles étaient enfants.

Campagne antiféministe sur les réseaux

Et si l’on pouvait espérer qu’Internet devienne un outil de poids pour l’émancipation des femmes pakistanaises, la situation est en réalité plus complexe. Au Pakistan, il n’est pas rare de rencontrer des femmes engagées qui sont terrifiées par les réseaux sociaux. Le hacking « antiféministe » est très actif et ces femmes sont accusées d’entretenir une propagande occidentale.

Les hackers réunissent des données personnelles, des photos d’une femme et puis les exposent au grand jour sur la Toile. Dans la culture patriarcale pakistanaise, cela peut avoir des effets dévastateurs et même conduire à des crimes d’honneur.

Une blogueuse féministe célèbre, Qaseem Balouch, a d’ailleurs été tuée par son frère en juillet 2016, à cause de ce qu’elle publiait sur son compte Facebook. Et en dehors de la sphère virale, les femmes sont très exposées aux violences.

Près de 6 000 Pakistanaises ont été tuées en 2017 et le fait divers qui a fait l’actualité la semaine dernière est une attaque à l’acide contre trois jeunes filles dans la province Penjab, parce que leur famille refusait un mariage arrangé.

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